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Lundi 29 janvier 2007

Avec Bové, le Berry c'est tendance

Depuis trois semaines, nous sommess les acteurs d'un "miracle" démocratique : plus de 30000 personnes à ce jour, venus de tous horizons mais animés par la même idée qu'un autre monde est possible ont signé l'appel pour que José Bové soit le candidat de notre espoir.

Il semble que notre démarche ait porté ses fruits et José doit annoncer officiellement sa candidature le 1er Février donc le lancement de la campagne.Dans le Cher, nous sommes déjà plus de 110 signataires et ce n'est pas fini car nous continuons à faire signer l'appel. Il est temps d'organiser notre dynamique et de passer à l'action pour mener notre campagne.

Pour celà, un comité de soutien à la candidature de José Bové se crée dans le Cher afin qu'ici aussi l'immense espoir  qu'elle suscite puisse se concrétiser dans les urnes. Le comité "Le Cher uni avec Bové" se propose d'utiliser tous les moyens disponibles (rencontres, débats, tracts, affiches,...) dans la mesure de nos moyens. Toute initiative, toute idée, toute aide sera la bienvenue.

Rencontrons nous, unissons nos énergies pour porter nos idées humanistes et l'homme qui les incarne. Un autre monde est possible, à nous de le construire.

Dès samedi matin, nous serons présents au marché de St Amand-Montrond et bien visibles à l'extérieur de la halle, peut être aussi à Dun sur Auron pour distribuer des tracts et faire signer l'appel.

Réunion conviviale le 3 au Jardin des Gallerands  Lieu-dit les Gallerands (route de Bannegon) 18210 Bessais le Fromental  à partir de 17 h

Contact : patrick Tanet même adresse e-mail : j.marce@tiscali.fr

Rabelais regarde, le "pays du dormir" se réveille !

 

Par TANET Patrick
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Vendredi 2 février 2007

1er février 2007

La France n’a jamais été aussi inégalitaire.

Un grand patron gagne 300 fois ou plus qu’un smicard. Les plus riches désertent leur devoir fiscal quand 100.000 personnes dorment dans la rue. Les stocks-options récompensent les licenciements boursiers.

Il est temps de mettre fin à un système qui entraîne la grande majorité des salariés vers la précarité et l’insécurité sociale. Il est temps de décréter l’insurrection électorale contre le libéralisme économique.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes m’ont proposé d’être candidat à l’élection présidentielle. J’ai décidé d’accepter que mon nom incarne, sur le bulletin de vote, la volonté commune de battre la droite et l’extrême droite et de redonner l’espoir d’une alternative à gauche. J’ai décidé d’accepter pour que continue le combat pour le rassemblement de toutes les forces de la gauche de la transformation sociale, solidaire, écologiste, antiraciste et féministe. Nous ne nous résignons pas à la division actuelle de ces forces. Nous voulons être le trait d’union entre toutes celles et tous ceux qui veulent que la vie change vraiment.

Je ne suis pas le candidat d’un parti. Je ne suis pas un professionnel de la politique. Ma candidature est celle d’un rassemblement de forces et de citoyens issus du mouvement social, du monde syndical, de courants politiques et des associations de l’immigration qui aspirent à l’unité de cette gauche-là. Cette candidature est une candidature collective portée par de nombreuses voix.

J’appelle aujourd’hui les élus communistes, écologistes, alternatifs, socialistes anti-libéraux à nous permettre, grâce à leurs parrainages, de participer à la campagne officielle.

***

Nous voulons être les porte-voix des sans-voix, de ces millions de citoyennes et de citoyens qui souffrent de la précarisation sociale et des discriminations. Nous voulons leur dire que l’abstention ou le vote Le Pen conduisent tout droit à l’élection de Nicolas Sarkozy.

Monsieur Sarkozy est un homme dangereux pour notre pays. Sous couvert de promesses multiples, son projet est d’aller encore plus loin dans la voie d’une logique économique qui favorise les plus forts et pénalise les plus faibles. Il est le candidat du MEDEF, du contrat précaire généralisé, du démantèlement progressif du code du travail et des services public, de la suppression de fait de l’impôt sur les fortunes, de l’insulte contre les jeunes des quartiers, du mépris contre les agents des services publics. C’est l’homme de la dissolution de l’Etat social et de sa transformation en Etat policier et carcéral. Cet ami de Blair et de Bush nous prépare une République communautariste et atlantiste.

Nous voulons aussi défendre un projet et des solutions pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent que la vie change vraiment. Nous voulons dire qu’une alternative est possible à celles et ceux qui ne croient plus à la gauche traditionnelle, qui se sont insurgés en votant massivement « non » au projet de traité constitutionnel européen, en se révoltant dans les quartiers populaires, en rejetant le CPE.

Madame Royal incarne une gauche qui a renoncé. Face au social-libéralisme qui a conduit toute la gauche au désastre électoral en 2002, face au projet d’un parti socialiste autiste, qui manifeste un refus de rompre avec la logique économique libérale, nous voulons opposer une gauche de transformation sociale et, démocratique, une gauche antiraciste, féministe et écologique. Une vraie gauche.

***

Notre projet est le fruit d’une expérience et d’une réflexion menées par les militants et les acteurs du changement social. Il résulte d’un travail collectif sans équivalent qui a rassemblé toutes les composantes de la gauche antilibérale et qui a fait l’objet de textes adoptés les 10 septembre et 15 octobre de l’an passé. Il n’est pas le résultat d’une approche technocratique qui vise à concilier les dures lois du profit avec un peu d’ordre juste. Nous voulons que les citoyennes et les citoyens soient démocratiquement appelés à conduire et à contrôler la transformation sociale. Notre programme est un outil à la disposition des électeurs et des électrices pour qu’ils se réapproprient l’exercice du pouvoir.

  • Premièrement, nous voulons l’élaboration d’un plan d’urgence sociale. La réduction massive du chômage et de la précarité est une priorité, ce qui suppose de développer des activités utiles, créatrices d’emplois, d’imposer une stricte réglementation des licenciements et d’instaurer un système de sécurisation professionnelle tout au long de la vie. La revalorisation des minima sociaux et des bas salaires doit être accompagnée d’une fiscalité fortement progressive pour les hauts revenus afin de limiter les inégalités indécentes de revenus. C’est l’exigence de nouvelles relations dans le travail et de nouveaux droits sociaux que nous voulons porter. C’est la nécessité de lutter contre la spéculation financière et de contrer la puissance de l’actionnariat.
  • Deuxièmement, nous voulons instaurer un nouveau modèle de développement. C’est à la redéfinition du type de croissance, de production, d’échange et de consommation qu’il faut s’atteler. Il faut s’attaquer à la toute puissance des firmes transnationales et des marchés financiers, car leur soif de profit et leur mépris de l’humanité mettent la planète en péril. La question du nucléaire comme celle des OGM doivent être soumises à un débat citoyen qu’il faut conduire et trancher démocratiquement, en toute transparence.
  • Troisièmement, nous voulons que les millions de personnes qui vivent dans les cités de banlieues, dans les quartiers populaires - quelles que soient leurs origines et leurs croyances - ne soient plus considérés comme des sous-citoyens dans ce pays qui est le leur. Ils ont droit à la justice, à l’égalité et à la dignité. Il n’est pas acceptable que l’accès aux droits fondamentaux, à la santé, à l’éducation, à l’emploi, au logement leur soit restreint, et que la seule réponse aux problèmes qu’ils rencontrent soit celle de la répression policière et sécuritaire qui aboutit souvent, en toute impunité, à des violences, voire des morts.
  • Quatrièmement, nous réaffirmons que tout être humain, parce que c’est un être humain, doit être reconnu dans son humanité. Nous refusons qu’on continue de priver un être humain de sa dignité en le privant de papiers.
  • Cinquièmement, la transformation démocratique et sociale exige d’en finir avec le régime de la Ve République. C’est la démocratie toute entière qui doit être vivifiée. Nous voulons une nouvelle République laïque, ouverte sur la société telle qu’elle est, ouverte sur le monde, une démocratie politique, sociale et citoyenne qui élargisse le socle des droits fondamentaux, à commencer par les droits sociaux.
  • Sixièmement, dès 2007, dans la cohérence avec le « non » du 29 mai 2005, nous entendons que la France propose la refondation de la construction européenne sur des bases démocratiques et sociales. Nous demandons la fin des traités existants et nous proposerons un nouveau texte fondateur. Nous n’accepterons pas que la nouvelle politique qui aurait été choisie par notre peuple soit interdite par les décisions européennes. La présidence française de l’Union, au second semestre 2008, est l’occasion de porter plus largement l’exigence d’un tel changement.
  • Septièmement, nous nous engageons à pratiquer l’équité pour les départements et territoires d’outre-mer et leur laisser le choix de l’autodétermination,
  • Huitièmement, nous voulons, avec tous les peuples qui souffrent, combattre et faire reculer les politiques de libéralisation qui favorisent la guerre économique, l’exacerbation des concurrences, les privatisations et les déréglementations. Nous contribuerons avec les pays du Sud à mettre fin à la capacité de nuisance des institutions (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, Organisation Mondiale du Commerce) qui renforcent les inégalités et provoquent des souffrances à l’origine de guerres. Nous défendrons le droit à la souveraineté alimentaire et le libre accès pour tous aux biens communs de l’humanité dont l’eau.

Enfin, parce que les femmes assument de multiples responsabilités, au travail, à la maison, vis-à-vis des enfants et des proches dépendants, parce qu’elles sont majoritaires parmi les chômeurs, les précaires et les bas salaires, nous voulons qu’elles soient les premières bénéficiaires de l’amélioration de nombreux services publics, de la priorité accordée à un service public de la petite enfance et des mesures contre le chômage et la précarité. L’objectif de l’égalité entre les femmes et les hommes doit être poursuivi dans toutes nos décisions, Il est grand temps d’en faire une réalité.

Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition de mettre fin au dogme économique libéral.

Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition d’assumer une véritable transformation sociale.

Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition que nous nous rassemblions, dans l’unité, pour faire avancer la gauche alternative, écologiste, antiraciste, féministe et solidaire.

Par José Bové
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Dimanche 4 février 2007

Peut-on être libertaire et soutenir la candidature de José Bové ?

PAR Michel Onfray, Yannis Youlountas
jeudi 1er février 2007
Michel Onfray et Yannis Youlountas sont philosophes et publient ici la version longue de leur tribune parue dans Politis n° 937. Ils ont soutenu ensemble la pétition « Unis avec Bové ».

À chaque échéance électorale, il est d’usage que la plupart des libertaires mènent une contre-campagne qui se désigne ouvertement anti-électoraliste. Les urnes sont la cible d’un appel au boycot pour cause d’impuissance à changer radicalement la vie, promesses rarement tenues, surenchère démagogique, confiscation du débat par sa mise en scène et détournement de l’énergie des luttes. Elections : piège à cons ?

Le vote n’est pas tant le problème que ce qui lui manque, avant et après

Cependant, si toute réflexion doit précéder l’action, comment pourrait-on passer de l’une à l’autre, dans la vie d’un groupe, sans procédure décisionnelle ? Si le consensus est l’objectif recherché, il n’est pas toujours possible. La mise aux voix devient alors nécessaire pour parvenir à passer collectivement de la réflexion à l’action, notamment quand le temps manque et que les enjeux pressent. L’exemple des Collectifs unitaires antilibéraux a rappelé combien la recherche obstinée du consensus pouvait conduire à paralyser un groupe.Si le vote peut être une procédure nécessaire en cas d’incapacité à parvenir au consensus, il ne saurait remplacer l’essentiel, c’est-à-dire la réflexion d’une part et l’action de l’autre. Et c’est justement la double critique faite par les libertaires à cette procédure ultime : ne pas être suffisamment précédée de débat et suivie de mise en actes. Le vote n’est pas tant le problème que ce qui lui manque, avant et après. Car la valeur d’un vote réside dans ce qui le justifie : l’ajustement des opinions et la mise en place des projets collectifs.

Un événement politique : la candidature collective de José Bové

Dans la démocratie représentative, le problème de la délégation de pouvoir insupporte les libertaires, et pour cause. La question n’y est pas seulement pour quoi voter mais aussi pour qui. Le projet lui-même cède le plus souvent la place à la personnalisation de son porteur. On zappe les bustes politiques comme les chaînes. Le débat démocratique tend à être confisqué par son propre spectacle. Les rôles sont distribués à des professionnels qui font carrière sur les planches politiques, dans l’alternance et le jeu des chaises musicales.

Mais ce premier février 2007, un événement politique nous propose de rompre pour une part avec ce constat et de réexaminer nos arguments : la candidature collective de José Bové à l’élection présidentielle. Pourquoi ?

D’abord, parce que José Bové est tout sauf un produit politique stéréotypé. Sa parole porte celle des mouvements sociaux et, notamment, de nombreuses luttes communes : sans papiers, TCE, retraites, privatisations, CPE, brevetabilité du vivant, asservissement des paysans aux semenciers, répression d’Oaxaca, expulsions d’enfants scolarisés… luttes dans lesquelles nous avons agi ensemble, au-delà de nos différences : libertaires et non libertaires. Ensuite, parce que José Bové n’a rien d’un tribun volubile depuis sa tour d’ivoire. Ses actes vont de pair avec ses paroles et son courage politique a fait sa réputation. Élevé au lait de Bakounine avant de rencontrer Jacques Ellul, ce syndicaliste paysan persiste à oser l’illégalité quand elle est légitime et la désobéissance civique quand la volonté populaire et, surtout, l’intérêt général sont ignorés par les pouvoirs publics. À cette forme de résistance contemporaine s’ajoute une obstination motivée à l’action non-violente. Enfin, parce que José Bové ne limite pas son combat à l’échelle d’un pays. Mieux encore – et cela en total opposition avec les discours politiques convenus – l’intérêt national ne saurait pour lui primer sur la réalité quotidienne de nos sœurs et frères humains d’autres régions du monde. Cette position universaliste est la manifestation d’un véritable humanisme : celui du refus de privilégier une communauté politique à une autre.

Les électrons libres vigilants à l’égard des appareils politiques

La candidature de José Bové n’est pas seulement collective au sein de l’Alternative unitaire, mais porte en elle un rassemblement beaucoup plus large, du même genre que celui qui nous unit dans les luttes depuis plusieurs années. On y trouve notamment les « électrons libres » : sans parti qui, loin d’être inorganisés, sont plutôt « alterorganisés » et sont en réalité les plus nombreux. La réappropriation politique par les électrons libres, vigilants à l’égard des appareils politiques, est même sur le point d’aboutir à la constitution d’un vaste réseau : les CIELs [1]. La candidature de José Bové n’est pas celle d’un converti à l’ambition suprême, mais d’un homme déterminé, avec beaucoup d’autres, à défier jusque dans les urnes les pouvoirs politico-financiers qui tyrannisent l’humanité tout entière et la planète qui l’héberge. La campagne qui s’annonce n’interrompra pas les luttes pour les urnes, bien au contraire. Elle sera une occasion de plus de manifester notre refus total de transformer le monde en marchandise et la vie en esclavage.

L’urgence écologique et sociale ainsi que la preuve par les actes…

Ce qui nous rapproche de José Bové est donc beaucoup plus fort que ce qui pourrait éventuellement nous éloigner. C’est pourquoi, en tant que libertaires, nous avons choisi de l’inviter à relancer sa candidature à l’élection présidentielle 2007, en initiant et en soutenant l’appel populaire qui a favorisé sa désignation par les Collectifs unitaires antilibéraux ce 21 janvier. Beaucoup d’autres libertaires ont fait de même [2]. Ils sont majoritaires parmi les 30 coordinateurs qui ont choisi spontanément de lancer cet appel et qui animent aujourd’hui le site unisavecbove.org, la liste des 30 000 signataires et les nombreuses initiatives autogérées autour de sa candidature. S’il est assez étonnant, au premier abord, de songer que des libertaires puissent désirer agir en ce sens, cela n’a plus rien d’étonnant quand on examine l’urgence sociale et écologique ainsi que la preuve par les actes qu’apporte régulièrement José Bové dans les luttes.

À circonstances exceptionnelles, intervention exceptionnelle. Il est des moments dans l’histoire lors desquels les événements nous incitent à agir, non sans concession, pour faire face à des enjeux immédiats au moyen de rares opportunités. Au vu de l’état du monde et de la société française, et au su de ce vers quoi nous nous dirigeons, la question se pose à tous les libertaires, notamment à ceux qui revendiquent certaines périodes d’engagement analogues dans l’histoire.

L’heure est-elle à résister jusque dans les urnes avec nos compagnons de luttes ?

Notes

[1] lancés par la Coordination des Initiatives des Électrons Libres avec José Bové, en partenariat avec le site unisavecbove.org. Le but est d’ouvrir des « CIELs » un peu partout : Collectes d’Initiatives Enthousiastes et Libres, pour une campagne créative, participative et festive

[2] Pour lesquels la probable campagne en prison de José Bové rappelle celle de Louis Auguste Blanqui…

[3] lancés par la Coordination des Initiatives des Électrons Libres avec José Bové, en partenariat avec le site unisavecbove.org. Le but est d’ouvrir des « CIELs » un peu partout : Collectes d’Initiatives Enthousiastes et Libres, pour une campagne créative, participative et festive

[4] Pour lesquels la probable campagne en prison de José Bové rappelle celle de Louis Auguste Blanqui…

Par Michel Onfray, Yannis Youlountas
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Jeudi 8 février 2007

Agriculture avec un A comme Avenir : Quelle place pour les paysans ?

Voici un texte de Bernard Charbonneau (1910-1996) lu sur le site www.decroissance.info. Cet extrait, écrit en 1991 reste d'une actualité brulante, ici comme dans le monde entier, ainsi que  le montre les résultats  des élections aux chambres d'agriculture et l'échec de la Confédération paysanne.

Mais la petite paysannerie que décrit Charbonneau n'est pas morte : retour à l'autarcie, limitation des intrants et des investissements, recours à la vente directe et sutout à une autre éthique de respect de l'environnement et du consommateurs.Ces valeurs caractérisent un nombre croissant de paysans soucieux de l'avenir de leurs enfants et de leur planète.

Bernard Charbonneau esquisse une politique agricole pouvant rétablir une vraie agriculture paysanne donc respectueuse de l’environnement. Pour bien clarifier les choses il faut pour s’entendre, définir clairement le sens des mots.

Le paysan s’oppose à l’agriculteur qui celui-ci s’oppose à l’entrepreneur. Le paysan est celui qui vit des produits de sa terre. Derrière le terme de « paysan » il y a donc l’idée d’une économie de subsistance, donc auto-productive. Seul quelques produits sont vendus comme complément de l’activité du paysan. L’agriculteur est déjà une « figure moderne » naît à la fin du XVIII siècle en Angleterre lors de l’enclosure et de la restriction des usages collectifs sur les terres (vaine pâture...). L’agriculteur lui, vend la totalité de sa production sur le marché, c’est-à-dire qu’il monétise sa production, il l’a transforme en monnaie. L’agriculteur vend sa production à des bassins de consommation que sont les villes. L’émergence de la figure moderne de l’agriculteur (dans le courant du XIX siècle en France) est donc la première forme que prend la division sociale du travail. Non seulement des gens se spécialisent sur la production de certaines cultures (fin de la poly-activité, de la polyculture..) mais également des « territoires se spécialisent » par des mono-cultures. La figure et le monde du paysan ont aujourd’hui disparu. Il n’y a plus que des couples de retraités ou des petits vieux isolés habitant dans ce que les urbains appellent avec mépris le « rural profond », qui sont encore des paysans : qui vivent des produits de leur terre.

Aujourd’hui, après les différentes Purges du monde paysan orchestrées par la P.A.C. depuis 1962, ne subsiste que la figure de l’agriculteur, lui même aujourd’hui en voie de disparition au profit de la figure accomplie de toutes les politiques agricoles communes successives, l’ « entrepreneur capitaliste et aménageur du paysage ». Ces évolutions successives, du paysan à l’agriculteur jusqu’à l’entrepreneur forment la « Révolution verte » qui débute au début du XIX siècle et vient s’achever sous nos yeux au début du troisième millénaire. Elle est à la fois une révolution agricole (des techniques agricoles, des rendements...) et une révolution rurale (la désertification de territoires puis la périurbanisation : aujourd’hui 80% de la population vit sur 20% du territoire). Cette « Révolution verte » est la condition de possibilité et la matrice de notre Société-de-Croissance, sa réalisation historique est le fondement du monde contemporain urbain et consumériste. Elle est la réussite et l’accomplissement même du Rêve de tous les marchands de la Terre qui depuis Adam Smith ne pensent qu’à transformer la « valeur d’usage » en « valeur d’échange », jusqu’à faire de la Vie même une marchandise ! La P.A.C. a ouvertement et dès 1962 - sous couvert du contexte de la Guerre froide et de la nécessaire promotion de l’indépendance alimentaire de la France - passer sous les fourches caudines ce qu’il restait de la paysannerie française et de la petite propriété née sous la Révolution française. La mécanisation et motorisation, les démembrements et remembrements perpétuels, l’effort inouïe des formations techniciennes ayant pour seule fin la surenchère compétitive et la course aux rendements, voilà la Révolution agricole qu’a promu la P.A.C. En une seule génération d’agriculteurs, le modèle productiviste et son protégé, l’agriculture biologique, ont livré leurs effets et révélés leurs folles exigences : battre de records économiques en tout genre, aux prix de drastiques sacrifices de population.

La Révolution agricole vide les campagnes de ses activités autres qu’agricoles, libérant des populations contraintes d’aller chercher ailleurs d’autres activités (y compris le chômage). La place est libre pour les ronces et pour la friche dans les zones les plus déshéritées, pour de nouveaux-venus et de nouvelles mises en valeur dans les zones dotées d’une forte rente de situation.

La Révolution rurale prend le relais, englobe et prolonge la Révolution agricole. Elle consacre dans sa phase ultime, un changement radical de l’organisation socio-économique, et donc culturelle et politique, des campagnes : les territoires, dégagés de leur traditionnelle vocation nourricière, se vident des populations héritées du passé et passent sous le contrôle des populations non agricoles et des Pouvoirs Publics qui représentent leurs intérêts. Elle marque, en conséquence, le temps de la consolidation des structures de la Société-de-Croissance au sein des campagnes aménagées à l’usage de populations relevant d’une société englobante, urbanisée et tertiarisée. Sur l’espace, elle s’exprime en ondes successives qui, du périurbain densément peuplé jusqu’au rural profond désertique et voué à la jouissance esthétique de la nature (tourisme vert, parcs « naturels »...), diversifient les paysages au gré des besoins des consommateurs dont la ville rythme l’existence. Et tout ceci dans le cadre d’une stricte réglementation résultant d’une cascade de pouvoirs supranationaux, nationaux et locaux. Les villes et les capitaux remplacent les « sociétés locales » et leurs terroirs. Mais l’avenir ne peut être cet impasse planifié par tous les aménageurs d’espace et de civilisation. Toutes les contradictions du Mur qu’est la Société-de-Croissance éclatent aujourd’hui pierre par pierre. Les objecteurs de croissance dans leurs perspectives de relocalisation de l’économie par la promotion des sociétés locales, se doivent d’arracher les dents à cette P.A.C. qui ravage la Terre et proposer une nouvelle politique agricole créatrice de l’horizon du seul avenir possible.

« Plus que tout autre, la révolution écologique - écrit Bernard Charbonneau - a besoin d’une politique agricole. [...] Car, en agriculture plus qu’ailleurs, il n’est de changement qu’à partir de la reconnaissance du réel - qui n’a rien à voir avec le « fait » économique et politique divinisé. Ce qui a jusqu’ici manqué au mouvement écologique, c’est moins un but à long terme qu’un chemin pour l’atteindre ; il entrevoit vers quoi se diriger, mais voit moins bien comment. S’il sait contre quoi il se bat, trop souvent son programme se réduit à un catalogue de désirs et de rêves, illustré de quelques gadgets verts. Une politique agricole pourrait lui donner ce poids de réalité qui lui manque. [...] La transformation immédiate des pratiques où l’agriculture biologique aurait son mot à dire y est inséparable de la révolution des structures politiques et sociales. Ainsi sortirait-on enfin de ces dilemmes stériles qui opposent le changement de la vie à celui de l’Etat, la conservation à la révolution, la nature à l’homme. »


[1] Bernard Charbonneau, Sauver nos régions. Ecologie, régionalisme et sociétés locales, Sang de la Terre, 1991, chapitre 10 « Les pieds sur Terre », p.178-181. Pour un aperçu niographique de B. Chabonneau voir : http://www.globenet.org/demiller/Charbonneau.html


le mardi 27 septembre 2005
 
 
Par Marce Jocelyne
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Mercredi 14 février 2007

A lire ou relire « Une soupe aux herbes sauvages » d’Emilie Carle écrit en 1977 par une institutrice de montagne, pacifiste, anarchiste, Humaniste et très engagée. Histoire d’une vie rude de montagnarde, encrée dans la « vrai vie », parsemée de réflexions pleines de philosophie et d’humour.

 

 

[ …]

 

            A qui profite le progrès ? Pourquoi des journées de huit heures ? On pourrait supprimer le chômage en ne faisant que des journées  de quatre à cinq heures et employer tout le monde. Apprendre à vivre très simplement : une table, quatre chaises, un lit, cela  suffit, apprendre à  profiter de nos loisirs, s’approcher le plus possible de la nature…Apprendre à lire, car lire c’est se fortifier l’esprit avec l’esprit des autres, s’imbiber le cœur de sentiments qui vous agréent, c’est lutter avec un auteur suivant que nos idées ou nos sentiments s’accordent avec les siens ou s’en séparent. Apprendre à vivre et laisser vivre. Ne prendre dans la vie que les fleurs, des fleurs le parfum, laisser tomber cette religion qui a le plus d’adeptes, je parle de la religion de l’argent. Un auteur belge a dit : « Puissance de la bonté et de la douceur, c’est toi qui devrais gouverner le monde. Hélas ! cette monnaie par trop idéale n’a pas cours sur notre planète… » Ce n’est pas vrai, il existe fort heureusement des êtres pour lesquels elle existe, je connais des couples, des familles

Par Jocelyne Marce
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