Le 9 mai 2007, par Johann, du 69.3, Journal-Mouvement du Printemps français.
Il y a bien dans ce pays une fracture sociale, profonde et qui réémerge ponctuellement de manière spectaculaire, mais au fond, elle ne trouve pas de meilleure illustration que dans cette France de Vichy, France de l’occupation, de la délation, de la méfiance, du replis sur ses petites affaires, la survie individualiste, médiocre, France du travail bien fait, peu importe au service de qui, France de l’Eglise, de la nation ethnique, de la gloire de l’Empire au coeur même de la défaite.
La voilà de retour, visible, forte, arrogante : 53% s’en allant voter par millions pour l’ordre et la sécurité. et ils auront leur revanche, sur la rage des banlieues, sur les galériens et les précaires, sur les fonctionnaires qui hier encore pouvaient faire grève, les écolos, les intellos, les homos et les bougnoules. 53% qui ont choisi l’ordre libéral-fasciste comme seul horizon possible, la réduction des services publics et du röle social de l’Etat, la traque des étrangers, la matraque pour les contestataires, la surveillance, le pouvoir du capital.
Ils ont choisi de travailler plus pour gagner plus, de renoncer au droit du travail, à la démocratie participative, ils ont préféré la rupture à la révolution. Ces gens là, nous les croisons tous les jours, leurs parents s’ils ne torturaient pas des arabes, du moins l’approuvaient ou spéculaient sur le blé pendant les pénuries, ils sont des petits commerçants, des employés, ils ne veulent pas du SMIC à 1500 euros pour ne pas se retrouver smicard, ils remboursent leurs crédits, payent leurs impôts et ce soir-là, ils ont confondu la présidentielle avec la star-ac, ils ont oublié d’oublier de voter. Car voyez-vous, ils en ont marre, ils veulent que ça change, ils veulent un homme fort, ils veulent être dirigés, ils veulent un Etat à la main dure, sans pitié, car ils sont, eux, les braves gens.
Fracture, guerre civile latente, entre la France qui veut être gouvernée et celle qui veut se gouverner, celle de l’allégeance au roi, au patron, à l’Eglise, au chef, sans autre lanterne que ses petits intérêts personnels, copiés sur ceux des chefs, et celle qui aspire à la dignité, la solidarité, l’égalité, la liberté.
Socialisme ou barbarie, Résistance ou collaboration, active ou passive, vous savez que celà importe peu, IL, celui qui, par la force magique de l’institution, se dit président, celui qui va décider de lois, qui seront appliquées, qui, autour de nous, continuera à faire changer en pire ce qui déjà nous emprisonnait dans une autre réalité, celui-là donc, n’a-t-il pas salué son camarade Bush, qui nous avertit ainsi : either you are with us or you are against us !
Ainsi vous avez choisi votre camp. Mais, chaque camp contient ses propres traitres, opportunistes ou félons, et nous savons qu’ils sont nos pires ennemis, car, les affronter serait créer la division, celle-là même qui permet aux maîtres de régner. Du coup oublions les gauchiotes de droite de Cohn-Bendit, Taubira, Stauss-kahn, Bayrou et autres dans leur appel a créer un grand parti de centre gauche, ce qui, direz vous, vient étrangement tard, Oublions les Besancenots et autres gauchistes postmodernes, tant prompts à se réjouir de la possibilité qui s’offrent à eux d’élaborer de nouvelles stratégies contestataires...
Nous devons nous efforcer d´être plus intelligents qu’eux, construire une alternative, aller vers les gens et nous entraider, organiser la résistance, reconstruire des luttes, recoller les morceaux d’une lutte séculaire qui jamais n’a pris fin, la Révolution, celle des clubs et des jeux de paumes, des maisons collectives des paysans, des prés communaux, celle des usines autogérées, des coopératives, celle de 1936, de la Commune, de Valmy, de l’invention de la grève, des premiers syndicats, des mutuelles, des cantines populaires, des droits de l’homme, des conseils...
Tous ces vestiges du passé, en ruine, laminés, à nous de les réinventer, à nous de construire un idéal, ici et maintenant, au plus près des gens, de leur vie et de leurs préoccupations, à nous de nous communiquer et de communiquer, s’IL vous emprisonne, faites des ateliers d’idéologie et de réflexion dans la prison, rappelez-vous Blanqui, n’ayons pas peur, nous vaincrons !